Alix PAJ
Atelier d'Air Bel du 11/05/2009

Mon chemin personnel de peinture, dans cette expérience originale "Arts et Développement" me permet de vivre une aventure humaine singulière et riche. Cet atelier se construit autour de deux objectifs : Accompagner un être et l'aider dans sa construction Agir contre l'exclusion dans une réalité sociale difficile. Au pied des tours, la feuille blanche est un espace de liberté, une respiration, une voie dans la relation avec soi-même. L'acte de peindre participe à la construction de son identité, à la découverte de soi. Le projet actuel du mercredi autour du portrait et de l'autoportrait renforce cette rencontre et engendre des instants profonds.

Un des volets de cette proposition est une production picturale sur un agrandissment de leur photographie. La première étape, la prise de vue dans leur environnement, les interroge. Puis l'acte de peindre sur leur visage demande de choisir ce qu'ils veulent montrer d'eux-mêmes, mettre en évidence ou voiler. Quels sont les attributs qu'ils souhaitent ajouter et l'environnement dans lequel ils veulent se projeter.
En collaboration avec le Centre Social et l'Espace Lecture, nous avons proposé les visites d'une exposition sur ce thème au Préau des Accoules.
Avec l'Espace Lecture, nous construisons le projet portraits peints, portraits écrits. Ces échanges avec les autres structures de la cité contribuent à élargir et à approfondir les relations humaines dans ce quartier.

Le portrait a une place importante dans ma peinture.
Le regard que je pose sur ces enfants en train de peindre, nourrit ma pratique personnelle. Les expositions régulières des productions des enfants participent à l'élaboration de l'estime de soi. J'ai découvert ce potentiel lors de la première exposition. Ces jeunes, habitants d'un quartier souvent montré du doigt, ont fortement besoin de reconnaissance.
Dans l'atelier, je suis attentive à la présence de reproductions d'oeuvres d'art. De tout temps, l'art nous questionne et questionne la société. Cette documentation est une source d'échanges réguliers. Oui, l'art interroge et il est bon d'y puiser.

Le deuxième point tout aussi important est ce lieu de rassemblement au coeur du quartier où se recontrent les cultures et les communautés présentes. Etant à l'extérieur nous sommes vus, observés, et après quelques semaines cet atelier aux beaux jours devient alors le "salon de thé" de la cité !
Les relations qui se tissent entre enfants, adultes et entre générations sont le fruit de notre rpésence. Les familles investissent l'espace extérieur qu'elles s'interdisent en général.
Nos échanges, qui permettent de mieux connaître leur quotidien, sont une ouverture humaine personnelle.

Un autre avantage d'être installé à l'extérieur est de pouvoir se confronter à la peinture sans retenue, sans se soucier d'un éventuel désordre après le passage d'une trentaine de peintures sur un même lieu. Aujourd'hui, on n'est plus obligé d'être peintre pour composer des images. Si on fait ce choix, c'est bien souvent par plaisir du contact avec la matière.
À travers cet atelier, je partage cette sensation de corps à corps avec la matière, où esprit, main, corps se concentrent pour une même production.
Je partage, par ma présence, le plaisir de peindre.

Crédits photo : Matthieu COLIN